Les grandes écoles font le pari de l’alternance, e-orientation

Cela fait bien longtemps que l’alternance n’est plus considérée comme une voie de garage réservée aux élèves peu attirés par de longues études. Cette formule a même fait, depuis quelques années, une entrée remarquée dans l’univers des grandes écoles, qui n’arrêtent pas de la développer depuis.

Julien Pompey, Orientations

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Les grandes écoles de commerce et d’ingénieurs surfent de plus en plus sur la tendance de l’alternance. Cette vague, qui s’est formée il y a une vingtaine d’années désormais, entraîne en effet un nombre croissant d’établissements de management et d’ingénierie. La Conférence des Grandes Ecoles (CGE) estime ainsi qu’aujourd’hui plus de 60 % de ses 221 membres proposent une ou plusieurs filières en alternance, que ce soit par le biais de l’apprentissage – en majorité – et du contrat de professionnalisation.

Une large majorité pour l’apprentissage

La CGE précise au passage que 108 de ses écoles membres disposent désormais de cursus en apprentissage, formant plus de 12 300 élèves. La tête du classement est ainsi occupée par les établissements de management (86 %), suivis – d’assez loin – par les écoles d’ingénieurs (42 %) et les autres spécialisées (15 %).

Certes, HEC, qui est considérée comme l’école de commerce de référence en France, n’a pas (encore) franchi le cap de l’alternance, mais la plupart des établissements s’y sont lancés. L’Essec a ainsi été la pionnière en la matière en lançant, dès 1994, une première formation en alternance, alors que cette formule était considérée comme une véritable “voie de garage”. L’établissement de management parisien propose désormais plus de 600 places en apprentissage cette année. Surtout, de Marseille à Rennes, de Strasbourg à Toulouse, en passant par Pau et Clermont, toutes les écoles supérieures de commerce de province s’y sont mises.

Du côté des ingénieurs, l’offre est également relativement riche, aussi bien pour les formations généralistes que spécialisées. La prestigieuse Ecole Centrale de Paris propose ainsi, depuis peu, un parcours professionnel en alternance permettant aux étudiants d’être encadrés par un maître d’apprentissage dans l’entreprise et un référent scientifique au sein de leur établissement. Quant au réseau des instituts techniques d’ingénieurs de l’industrie (ITII), il regroupe désormais plus d’une vingtaine d’écoles d’ingénieurs spécialisées dans l’alternance avec le monde industriel.

Des possibilités relativement variées

Dans les écoles d’ingénieurs, les formations en alternance durent généralement trois ans. La grande majorité des établissements de management proposent, quant à eux, des cursus en alternance soit en deuxième et troisième année du cursus bachelor, soit au niveau master (en deuxième et troisième année du programme Grandes Ecoles, par exemple, ou en mastère spécialisé). Ainsi, du côté de Grenoble Ecole de Management (GEM), l’admission des étudiants en alternance s’effectue en troisième année du programme Grandes Ecoles.

“Durant ma classe préparatoire puis lors de ma première année du programme Grandes Ecoles, j’ai multiplié les petits boulots et les jobs d’été pour financer mes études, en plus de l’aide de mes parents. Suivre mes deux dernières années en apprentissage m’a ainsi permis de devenir autonome financièrement, et surtout de ne pas me lancer sur le marché du travail avec un crédit conséquent, comme cela est le cas d’un nombre de plus en plus important d’étudiants qui ne sont en plus pas certains d’avoir un poste à la sortie…”, souligne Marine, jeune diplômée de l’école de commerce grenobloise.

Une aubaine financière sous certaines conditions

L’alternance peut ainsi être une aubaine pour financer des cursus bien souvent relativement chers. En effet, le coût de la scolarité dans les écoles de commerce et de management est compris entre 21 000 et 45 000 € pour trois ans d’études… Du côté des écoles d’ingénieurs, ce montant peut s’élever à 20 000 €, voire parfois le dépasser. Le facteur financier peut, de ce fait, parfois bloquer l’accès à ces cursus, l’alternance constituant une clé possible pour s’infiltrer.

“Mais il faut alerter les étudiants : être en alternance ne signifie pas forcément que l’école est gratuite”, insiste Perrine Puberl, responsable du recrutement d’Euridis, école supérieure de commerce des hautes technologies qui ne propose que des formations en alternance, dont une majorité de contrats d’apprentissage. “Parfois, le jeune est amené à financer une partie plus ou moins importante de la formation dans le cadre d’un contrat professionnel. Bien des écoles profitent d’ailleurs de cette méconnaissance. D’autant qu’il peut également y avoir des frais d’inscription : il faut savoir que cela n’est pas légal”, précise-t-elle.

Un impact direct sur les salaires

La responsable de l’école Euridis insiste également sur “l’impact direct de l’alternance sur le salaire. Deux voire trois ans d’expérience professionnelle, cela se valorise très bien sur le bulletin de paie. Les jeunes diplômés que nous formons perçoivent ainsi un salaire moyen de 41 700 euros, tandis que la rémunération moyenne des diplômés issus d’écoles de commerce est de l’ordre de 37 400 euros”.

Un argument que confirme Anaïs, actuellement étudiante à l’Ecole Centrale de Lyon. “A l’issue de mon parcours, j’aurais non seulement un diplôme d’ingénieur reconnu de niveau bac+5, mais je disposerai également de trois ans d’expérience professionnelle derrière moi. Cela n’a pas de prix !”

Le cumul des expériences professionnelles

Mais l’argent n’est pas la seule raison du fort développement de l’alternance au sein des grandes écoles. “Il y a trois raisons principales qui explique le succès de l’alternance. En plus de rendre un parcours moins coûteux, il y a l’aspect professionnalisant : ce dispositif permet en effet à l’étudiant de cumuler de l’expérience en entreprise, sous statut salarié, avec une formation débouchant sur un diplôme. Un vrai plus pour les jeunes ! Du côté des écoles, il y aussi la possibilité de diversifier ses sources de financement, et d’offrir des parcours supplémentaires. D’un point de vue pédagogique, c’est extrêmement intéressant”, met en avant Frédérique Dreux, directrice de l’Ecole de Gestion et de Commerce (EGC) d’Orléans.

Un argument qui est également répété à tout bout de champ par la ministre de l’Enseignement supérieur. “C’est une méthode pédagogique à part entière. Elle convient mieux à certains étudiants et, contrairement aux idées reçues, les apprentis s’insèrent mieux que les autres dans la vie active”, affirme Geneviève Fioraso, qui souhaite passer de 7 % d’étudiants en alternance dans l’enseignement supérieur à 17 % à l’horizon 2020, soit un élève sur six. Un projet pour le moins ambitieux !

Des nouvelles formules d’alternance

La vague de l’alternance devrait donc prendre encore de l’importance. “Cette tendance n’est pas prête de s’arrêter, ne serait-ce que par rapport au chômage des jeunes. D’autant que, plus on évolue dans la crise, plus l’alternance se développe, un apprenti coûtant trois fois moins cher qu’un salarié. Pour autant, aux termes de la période en alternance, la grande majorité des étudiants sont embauchés, en CDD et surtout en CDI”, confirme Perrine Puberl. En effet, sur les 83 % d’alternants issus de grandes écoles de commerce et d’ingénieur qui ont été recrutés au dernier trimestre 2011, 58 % ont signé un contrat à durée indéterminée (CDI), contre 48 % chez les non-alternants.

Frédérique Dreux va dans le même sens. “Je pense qu’il y a encore beaucoup de marges d’évolution, que ce soit au niveau des écoles ou des formations. Il s’agit d’une tendance lourde et, compte tenu de l’état difficile du marché de l’emploi, de plus en plus d’entreprises prennent conscience que le fait de prendre un apprenti est un mode de recrutement tout à valable. Il y a certes un risque, mais le jeu en vaut vraiment la chandelle. A tel point que nous sommes dans une situation où nous avons quasiment plus d’entreprises intéressées par l’apprentissage que d’étudiants…”, explique la directrice de l’EGC Orléans.

Les nouvelles formes de l’alternance

D’ailleurs, de nouvelles formes d’alternance voient progressivement le jour. L’école de commerce MBWay s’apprête ainsi à expérimenter une nouvelle formule d’alternance à l’international, en partenariat avec l’université mexicaine de Léon. Ainsi, de mi-mars à mi-juin prochain, des étudiants passeront un jour par semaine dans une entreprise implantée dans cette région industrielle au Mexique, et évolueront dans l’agroalimentaire, l’aéronautique ou l’automobile. “Cette démarche doit permettre à nos étudiants d’encore plus travailler leur capacité d’adaptation, et de faire en sorte qu’ils comprennent l’environnement dans lequel ils évoluent”, explique Philippe Fradin, directeur de MBWay Angers, qui confie que l’année prochaine, deux nouvelles destinations seront proposées : Winthrop aux Etats-Unis et Suzhou en Chine… La vague de l’alternance devrait donc continuer à être porteuse pour les étudiants comme pour les grandes écoles !

Julien Pompey, Orientations
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